Fontaine de Prugnolles

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En l’an 1854, le 25 avril très précisément, une femme de la paroisse de Forgès, Marie Chambaudie ( veuve Planche ), affirma avoir eu des apparitions de la Sainte Vierge.Cela se passait dans un charmant petit vallon et tout près d’une fontaine, dédiée à saint Morel, sise au milieu d’un pré tout à côté du hameau de Prugnolles.

Citons un extrait du rapport adressé par le juge de Paix d’Argentat au procureur impérial en date du 29 juin 1854 :


«Je me suis transporté aujourd’hui au lieu dit Emprugnolle, commune de Forgès, où étant, à deux heures du soir, j’ai vu et constaté ce qui suit :
Sur le penchant d’une colline qui fait face à la route impériale n°120 et qui n’en est séparée que par une étroite vallée, j’ai trouvé au milieu d’un bois escarpé de châtaigniers, une population composée d’hommes et de femmes, de vieillards et d’enfants, tous indigènes qu’étrangers, dont j’ai approximativement évalué le nombre à trois cents individus, et je me suis convaincu que par suite du mouvement perpétuel de va et vient qui s’opère depuis l’aurore jusqu’au crépuscule, le nombre des personnes présentes se maintient, à chaque heure du jour, à un chiffre élevé. Ça et là dans le bois étaient réunies à l’ombre des arbres des familles entières prenant le repas dont elles avaient porté les éléments, tandis qu’autour d’elles d’autres personnes isolément agenouillées se livraient à la prière avec une touchante ferveur, et cherchaient à se rendre la divinité propice par ce témoignage visible et sincère de leur foi. Au milieu d’un groupe nombreux et compact dans lequel j’ai beaucoup de peine à pénétrer, j’ai vu la source bien aimée au près de laquelle on se rend à l’envie pour y puiser des espérances et des consolations.


Cette source convertie en fontaine depuis seulement qu’elle est devenue célèbre, creusée dans le sol, bâtie en pierres et ayant, avec la forme circulaire, soixante centimètres environ de diamètre, fournit une eau limpide et abondante dont Marie Chambaudie est seule la distributrice, car la main de celle qui a été assez heureuse pour voir la sainte Vierge et pour recevoir ses communications, doit certainement, selon l’opinion accréditée, donner à cette eau un degré de plus d’efficacité.
Une chapelle improvisée et composée de branches d’arbres verts, de feuillages et de fleurs variés, le tout rehaussé d’images de la Vierge et autres emblèmes religieux, ombrage la fontaine au bord et en amont de laquelle brûlent sans cesse des cierges nombreux. C’est là que Marie Chambaudie, naïade de nouvelle espèce, toujours en permanence, puise et verse tour à tour l’eau que d’innombrables vases viennent recevoir ;c’est là qu’elle exécute ses ablutions sur les malades et les infirmes en leur recommandant de prier et d’avoir confiance en la divinité, et pendant la durée de ces opérations quelques pieux néophytes viennent par intervalle réciter à haute voix, le genou à terre et la tête découverte, les litanies de la sainte Vierge pour implorer ses bénédictions et donner à son culte, particulier en ce lieu, un vrai caractère de solennité.


Marie Chambaudie ne demande pas de rétribution pour les soins et la peine qu’elle consacre à l’humanité souffrante, mais elle accepte les dons qui lui sont spontanément apportés par quelques-uns uns, des buveurs et des visiteurs, et qui consistent en général en pièces de dix et cinq centimes, pièces dont le nombre réuni à la fin du jour paraît devoir composer une somme assez ronde. Vêtue de haillons, elle annonce par sa tenue en état de pauvreté qui était bien le sien avant les prodiges de la fontaine, de même que par la naïveté et la douceur de son langage elle annonce une candeur d’âme à laquelle plusieurs personnes de la localité rendent hommage, mais dont pourtant je ne voudrais pas me constituer personnellement garant, et chose étrange ! dont j’ai été l’un des témoins et qui atteste la puissance des privilèges que la foi publique attache à la personne, c’est que si cette femme quitte un instant les bords de la fontaine, pour un motif quelconque, la foule les déserte aussi et la poursuit, comme un essaim poursuit à travers l’espace et par obéissance aux lois de la nature une abeille-mère.
À côté de la fontaine on voit appendues, au sommet d’un long pieu, et en guise de trophée, des béquilles de différentes grandeurs, déposées, dit-on, par des gens venus malades et guéris instantanément par l’usage de ses eaux.


Un écriteau attaché à un arbre au-dessus de cette fontaine a aussi fixé mes regards et mon attention ; c’est un avis adressé au public et portant prohibition, d’une part, ne pas profaner le lieu par des gestes ou propos dérisoires ou offensants, et recommandation, d’autre part, d’avoir foi et confiance en la mère de Dieu.
L’esprit qui l’a dicté n’a eu en cela qu’une bonne inspiration, dégagé qu’on le suppose de tout intérêt matériel, mais les termes et le style employés dans cet écrit anonyme et l’amende qu’il prononce comme sanction de ses dispositions, décèlent un auteur peu familier, malgré ses précautions avec les règles du droit et les principes littéraires, et dont l’orthodoxie pourrait également laisser à désirer. À l’œuvre il est facile de deviner l’artisan.


Désirant avoir, avant de partir, un entretien particulier avec Marie Chambaudie, je me suis mis à cet effet un peu à l’écart et l’ai mandée auprès de moi. Elle s’est immédiatement rendue à mon appel, mais suivie, contre mes prévisions d’un nombreux cortège à l’approche duquel je n’ai opposé aucun obstacle, et là, assise à mon coté, au centre d’un cercle raréfiant l’air par la compacité, cette femme m’a raconté sa vision du 25 avril, la troisième, selon elle, et la plus complète, ainsi que le langage à elle tenue par la sainte Vierge, et tel qu’il est consigné dans la note que j’ai eu l’honneur de vous adresser, Monsieur le Procureur impérial, il y a environ quinze jours, en ayant soin toutefois de me faire observer que la sainte Vierge ne lui avait rien dit de la source auprès de laquelle elle avait fait son apparition, ni de L
image a vertu de ses eaux, et que si le public y accourait en foule pour en faire usage, c’était à cause des bons effets qu’il en avait éprouvé et qu’il en éprouvait toujours de plus en plus.


Après cet entretien dont il serait superflu de rapporter tous les détails, Marie Mons, Veuve Machat, propriétaire du bois et de la source dont il s’agit, m’a fait entendre ses plaintes. Sa propriété est foulée, m’a t-elle dit, d’un soleil à l’autre par un nombreux public et considérablement endommagée, et cependant elle ne reçoit aucune indemnité ni de la part de ceux qui la foulent au profit de leur santé, ni de la part de Marie Chambaudie qui par suite de sa situation exceptionnelle, en recueille seule les bénéfices.
Sans donner à ces femmes des conseils inopportuns, j’ai cependant recommandé à l’une et à l’autre de se montrer complètement désintéressées, par respect et à l’exemple de la Vierge dont elles invoquent à chaque instant le nom et les faveurs, dans l’intérêt de l’œuvre à laquelle elles attachent si complaisamment leur nom, et dans celui de la morale publique sur lequel l’œil de la Justice veille en tout temps et en tout lieu. »


Complément :


D’après les anciens l’eau de cette fontaine guérissait de nombreuses maladies et plus particulièrement les « naouzo » ou les « naouges ».C’est d’autant plus troublant que cet événement avait été prédit par une prophétie datant de 1520 ( Le Mirabilis Liber )«  Une source naîtra dans une grotte assez près d’Argentat et de Tulle et cette eau aura si grande vertu que nul n’y entrera sans être guéri de sa maladie et pourra alors dire en partant : cette eau est sainte… »
De nombreuses guérisons furent attribuées aux ablutions ou immersions qui s’y faisaient en grand nombre. Comme la femme qui avait signalé la fontaine divine et en préconisait la vertu en tirait profit, la justice s’émut et la poursuivit pour escroquerie. Sa condamnation, l’immixtion des gens de loi, tant redoutée par tous les paysans, mais surtout en Corrèze, et enfin l’influence hostile du clergé diminuèrent la vogue de cette fontaine miraculeuse.

( D’après un texte de Gaston Vuillier : Le culte des fontaines en Limousin daté du 21 septembre 1901 )

Mise à jour le Jeudi, 13 Août 2015 13:54

 
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